jeudi 12 février 2015

654 Mémoires d'une éducation sévère 2.1


2.1 Graine de fessée et clair de lune

Au début Lucie ne se rendit pas compte de l’impacte du fameux incident sur sa vie intime.

Confortablement installé au plus profond de Lucie sur un sol fertile et propice la graine ne mit pas longtemps à germer. La chaleur indispensable à ce processus fut fournie par le souvenir de la joie maligne qu’elle eut éprouvée en observant la malheureuse élève devenir la cible d’une cuisante correction sous les yeux d’un public ébahi et enthousiaste. Surprise d’elle-même, Lucie ne comprit pas son absence de compassion pour la victime. En jugeant le bruit des claques et les cris qui ensuivirent, le martinet appliqué avec fermeté eut causé sans le moindre doute une douleur considérable. Elle regretta amèrement de ne pas avoir eu l’occasion de contempler les dégâts causés par ce traitement sur le postérieur en question.

Lucie avait toujours eu un grand sens de franchise et rien ne la révoltait plus que l’injustice. Elle en faisait sa fierté de se mettre du côté des opprimés et avait défendu à maintes reprises ses convictions avec ardeur quand la cause lui paraissait justifiée. Mais là, à aucun moment l’idée d’intervenir pour secourir la fille avait effleuré son esprit. Plongée dans un état quasi hypnotique qui l’empêcha du moindre mouvement, elle éprouva l’étrange volupté qui procure la vue du « juste châtiment » sur certaines personnes susceptibles. Pourtant elle ne savait même pas sur quoi reposait exactement le début de l’altercation entre Nadège et son élève.

En y réfléchissant avec recul Lucie n’approuvait pas son propre comportement. Elle aurait dû intervenir. La fierté de Lucie Zorro avait reçu une sacrée gifle. Elle en voulait particulièrement à Nadège, ce qui se manifestait dans un premier temps sous forme d’une haine non dissimulée envers cette dernière. Pour se libérer de ses émotions, Lucie ne manqua pas de noircir Nadège quand l’occasion se présentait. Bientôt ses amies, Camille y compris, gagnèrent le sentiment que Lucie menait une guerre privée contre ladite Anglaise, sans trop comprendre le pourquoi.

Pour bien pousser, une graine, outre de la chaleur qui favorise la germination, a besoin de lumière pour se développer. Cette lumière se créa spontanément à chaque fois que Lucie éteignit sa lampe de chevet le soir en se couchant. Une multitude d’images illuminèrent ces moments de solitude et protégée par la pénombre de la chambre, elle cultivait dans son jardin privé une fleur obscure qui lui rendait bien ses soins.

Désormais quand elle fit le courses aux supermarché, le rayon d’instruments de discipline ne la laissait plus indifférente comme avant. Quand elle ne se savait pas observée (et elle prit soin de bien vérifier avant), elle y fit un tour, le cœur battant, toujours sur ses gardes de peur qu’on la surprenne. Parfois, d’un geste langoureux, sa main glissa sur un des objets convoités et elle essaya d’imaginer l’impacte sur sa peau pour se procurer ce frisson qui descendait comme une foudre le long de sa colonne vertébrale pour se rependre en agréable sensation de chaleur dans son bassin. Elle eut l’impression comme si ces instruments dégageaient une décharge électrique de plus jouissive au moindre contact.

Honteuse de son comportement elle se sauva aussitôt de toute vitesse, les joues échauffées et le visage rouge de mauvaise conscience. Elle n’arrivait pas encore à établir sur quoi se basait cette mauvaise conscience. Elle savait instinctivement qu’elle frôlait un interdit, mais lequel?

A suivre

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